Edito du Canard signé Furax
Celui qui est parti de zéro pour n’arriver à rien n’a de merci à rendre à personne. Pierre Dac, auteur de l’Organe Officiel des Loufoques, l’Os à Moelle (Mai 1938-Juin 1940). Père spirituel de l’humour absurde en France.
Je m’appelle David Jamet, auteur, chercheur, technologue. Je suis un amoureux de la plume de Dac, et ce canard trempera aussi sa plume dans l’absurde.
J'ai découvert, en lisant Pierre Dac, Rédacteur en chef de l'Os à Moelle (Jacques Pessis, 2007), qu'il s'appelait André Isaac — un nom qui ne pardonnait rien face au nazisme. Poète, héros mutilé de 14-18, il attaqua Hitler de front dès 1933. Le courage, alors, c'était mourir plume à la main.
L’extraordinaire aventure de son journal loufoque l’a conduit, le 13 mai 1938, à diffuser plus de 400 000 exemplaires de l’Os ! Une prouesse inégalée depuis pour un premier tirage. En fuyant dans le maquis en juin 1940 après le succès des 110 numéros de son mémorable Os à Moelle, Dac résista comme un lion — arme au poing, plume dans l'autre. Alors, chapeau à l’artiste qui, en résistant, rentre dans l’histoire de son art !
Je pars comme lui de zéro pour n’arriver à rien, sinon à l’envie de vous distraire avec mes décryptages plus sérieux qu’ils en ont l’air. Je vous rassure illico, le plus probable n’est pas que l’IA nous tue tous. Il y a pire, une nouvelle forme de dictature qui me rend furax.
Après vous avoir présenté le programme du canard, régalez-vous avec le premier 2027-scope; découvrez ce que j’ai pu inventer de plus absurde, ou de plus réaliste, comme scénario politique pour 2027-2037 ?
Dans ce monde incertain, où même les experts ne savent pas ce que l’IA nous réserve, une chose est sure: comme Dac et Blanche, tout ce que vous lirez dans ce canard caustique sera signé Furax.

Le programme du Canard: 3 feuilletons, une seule loi
Il me semble hautement probable que nos valeureux et nombreux candidats à l’impuissance 2027 nous proposent tous, sans nous le dire, ce programme enthousiasmant en forme d’engrenage infernal:
Générer bien plus de milliardaires de l’IA, puisqu’ils ont trouvé une martingale d’enfer
En conséquence, ce cartel oligarques nous promet l'apocalypse des jobs pour faire grimper leurs actions. Et ils y parviennent ! Car les Français, eux, click-consentent à l’IA presque plus vite que les Américains.
Continuer à nous mentir, comme d'habitude.
N’est-ce pas un avenir exaltant ? En voulez-vous ? Moi non ! Heureusement, pour vous divertir et vous avertir, voici le programme éditorial du Canard. Je diffuse en rotation, une semaine sur trois, les trois épisodes d’une même saga : celle où l’éléphant, ivre de toute-puissance, finit toujours dévoré par ses propres mouches. Appelez ça ma loi d’inversion du pouvoir — elle ne rate jamais, c’est son seul défaut.
2027-scope (l’horoscope qui n’en rate pas une). Je lis, dans le marc de café des sondages, l’avenir de nos trois extrêmes — droite, centre, gauche — qui rêvent tous de verrouiller l’Élysée avec l’IA, et qui, tous, fabriquent déjà l’essaim de mouches créatives qui les piqueront. Le seul zodiaque où les douze signes finissent en hara-kiri.
Géopolitique de l’IApocalypse (où l’éléphant, croyant écraser une mouche, se marche sur la trompe). L’empire américain chevauche sa bombe en hurlant « Fuck the french and the planet ! », persuadé d’être le Dieu-IA. On assiste à un phénomène mondial inédit: la croyance délirante en un Dieu artificiel se répand comme la vérole sur le bas clergé breton. Divulgâchis vieux de 5 000 ans : les dieux qui se blindent trop finissent avec un essaim de drones dans les roues.
Pavé dans la mare (le feuilleton des industries « culturelles »). Comment le cinéma, l’édition et la musique commettent avec l’IA un grand braquage, totalement inédit: ils volent la farine de leurs auteurs et brûlent le moulin — puis s’étonnent de n’avoir plus de pain. Économie pour les nuls, version Canard : on ne mange pas les auteurs à qui l’on doit tout. Cela conduit à se faire hara-kiri.
Trois décors, trois éléphants, une seule morale : plus un pouvoir se blinde, plus il fabrique les mouches qui l’abattront. C’est gratuit. Et ça mord — même à jeun.
Qu’en pensez-vous ? Un commentaire, une suggestion ?
Merci de partager cet abonnement gratuit avec vos amis et vos enfants; car au-delà de la satire, ma loi d’inversion du pouvoir redonne un espoir aux mouches créatives et courageuses qui veulent résister en développant leur valeur intellectuelle avec une autre IA.
Voici le premier 2027-scope.
2027-scope: l’IApocalypse, un bourrage de crâne
Cette rubrique en forme d'horoscope politique dessine le zodiaque loufoque non seulement de la guerre pour le pouvoir élyséen, mais aussi, pour le même prix (gratuit) de ce Canard Furax, des deux prochains quinquennats.
L’IA est un outil politique surpuissant permettant le bourrage des crânes et donc des urnes. Commençons par la terreur planétaire, à mon sens encore infondée, qui défraie l’actualité. Jacob Coxon a eu la semaine dernière son heure de gloire avec ce tweet. Grâce à lui, 172 millions de personnes semblent convaincues qu’on va tous mourir bientôt; ce qui, vous l’admettrez, fait beaucoup:
Précision essentielle pour décrypter le cynisme : Jacob Coxon est un « bref » salarié d'OpenAI (ChatGPT, PDG Sam Altman), rapidement filé chez le rival Anthropic (Claude, PDG Dario Amodei) — certainement pour gagner plus.
Je vous pose alors cette question taquine. Imaginez que vous venez de démissionner de votre poste chez l’un des géants de l’IA. Allez-vous:
a) Rejoindre l’un des autres géants de la Silicon Valley pour gagner encore plus d’argent ?
b) Profiter de votre moment de gloire pour affirmer que l’IA va tous nous tuer dès demain; alors que vous savez que la Valley nous prépare une catastrophe bien pire encore ?
Puissance de l’IA: entre 300 et 500 fois la bombe d’Hiroshima
Plus une technologie est puissante, plus elle est porteuse de sa propre catastrophe. […] Quand on change l’échelle d’une technologie langagière, on change de paradigme, on change de monde, et celui d’avant vole en éclat. […] Paul Virilio, penseur de la modernité catastrophique
L’IA à 10 000 milliards plus 7000 de dette à 2030
Je vous l’avoue, je suis un technologue, j’ai travaillé dans ce domaine depuis 40 ans avant de prendre cette plume. Je tiens des comptes précis de la catastrophe à venir: même retenu comme plancher, un coût cumulé de 10 000 milliards de dollars pour le numérique - demain le système tout IA qui gouverne l’économie - depuis 1978 équivaut à plus de 350 Manhattan Projects, en dollars constants récents — et donc à plus de 300 fois le coût du programme qui produisit Little Boy, la bombe d’Hiroshima. Vous trouverez ici plus de détail sur le capital engloutit dans l’IA1 au sens large. Et ce n’est pas tout: ajoutez-y 7000 milliards d’investissement, essentiellement de la dette, entre 2025 et 2030, selon ces sources2. Au rythme actuel, la puissance de l’IA flirtera autour de 500 fois Hiroshima en 2030.
Or jamais dans l’histoire de l’homme une technologie n’aura été aussi rapide, ni aussi chère, ni aussi peu contrôlée. Ce phénomène d’endettement inédit augmente le cout de la dette française comme un noeud coulant. On peut, on doit s’en inquiéter.
Virilio l’avait annoncé : la modernité est une civilisation de la vitesse, où la technologie concentre pouvoir, guerre et perception — et invente son propre accident. Si on lit bien Virilio, on devine qu’avec l’IA - une technologie langagière, rien ne se passera comme prévu par les puissants et les institutions en place, car le lois et règles de l’économie et de la guerre sont bouleversées. Des rapports de puissance peuvent s’inverser. Nos institutions, elles, n’ont pas prévu de vitesse de sortie. Elles seront broyées sans comprendre ce qui se passe. Alors la question n’est plus si nos institutions vont voler en éclat, mais quand. Face à l’éléphant, il ne nous reste qu’une arme : entrer en résistance, en mouches, contre les experts qui se trompent et les puissants qui les paient pour se tromper.
Que se passe-t-il quand un cartel de la Silicon-Maison Blanche en chemise brune (Trump, Musk, Altman, Amodei…) retourne la technologie contre nous ? Quand l’IA américaine est vantée par les dirigeants français asservis au dit-cartel (Macron, Lecornu, Arnault, Bolloré,…). Arnault les représentait servilement à l’investiture 2025 de Trump. Alors qu’on sait que trop d’internet, d’écrans et d’IA détruit nos compétences existentielles (ex:écriture-lecture), ce phénomène entrainant un effondrement cognitif chez les jeunes (cf derniers résultats PISA3) ? Combien de temps faudra-t-il à ces gangsters déguisés en bienfaiteurs pour qu’ils fixent, avec une telle puissance de feu (10 000 milliards +++), le résultat de toute élection avec la précision d'un horloger suisse — de quoi rendre Hitler jaloux dans sa tombe ?
Si tout va partir en cacahuète de façon quasi-certaine, mieux vaut apprendre à en rire avec l’esprit satirique car c’est la meilleure façon d’y résister. Dans l’arène politique de cette rentrée, vous avez noté qu’une nuée de candidats à l’égo surdimensionné affluent en masse. C’est curieux, alors que leurs perspectives d'impuissance durable (cf Macron, Lecornu, dissolution désastreuse…) semblent plus que probables.
Quand ces valeureux candidats qui se prennent pour Dieu tout-puissant sont frappés d’impuissance, et que cette douloureuse faiblesse augmente en retour avec la défiance croissante des électeurs, cet engrenage subtil me fait sourire, pas vous ?
Le pire des scénarios 2027-2037, et le plus désespérant, est que l’IA nous rende cons à mourir dans les data-centers de ceux qui s’enrichissent, et nos enfants avec nous. Vous pourriez m’objecter qu’en deux générations, cela pourrait conduire à l’extinction de l’espèce Sapiens. Jadis la plus intelligente, serions-nous demain l’engeance la plus stupide ? On n’est pas loin d’une technologie qui nous tue tous, mais tout doucement, à petit feu.
Comme Hannah Arendt avec son livre “La Banalité du mal”, il me semble que nous pourrions glisser, avec notre consentement de clickeurs fous, vers la banalité de la Solution Finale des jobs et du cerveau humain.
Voulez-vous de cet avenir cauchemardesque ? Moi non ! Pour résister, il faut s’emparer de ce scénario et des conséquences de l’IA non-sens. J’anticipe que les deux prochains quinquennats seront, comme le second de Macron, synonymes d’impuissance politique et budgétaire.
Voici le grand secret des 36 candidats au pouvoir suprême: tout promettre, ne rien tenir — sauf tenter, désespérément, d’annuler la dette comme Mélenchon. Vive notre souveraineté de non-sens, celle gouvernée par le FMI et par le Kill Switch de Trump.
En cette fin d'été caniculaire, une nuée de mouches se bat pour dormir sous les dorures climatisées de l'Élysée. Coincés entre puissance désirée et impuissance certaine, ces prétendants navigueront dans le même engrenage — dette, absence de majorité, Premier ministre jetable façon Lecornu. Torture plus douloureuse qu’un implant robot-pénien mal calibré, imposée sans anesthésie.
L’ironie de la décennie ? Plus ce marigot politique se rêve puissant, plus leur flamberge est molle d’impuissance; et plus leur “Bascule de nouveau président” vers une dictature droite comme un obélisque deviendra tentante. Pendant ce temps, les milliardaires de l’IA n’ont qu’une idée: nous crétiniser avec leurs data center pour gagner plus. Pas de “no future” ici, juste des chiffres : 517 milliards de dollars, soit sept fois la mise initiale, 300 fois la puissance d'Hiroshima, et 172 millions de vues pour regarder le monde brûler en direct.
Voulez-vous de ce monde de fous ? Moi, non merci — je résisterai avec ma plume de canard qui restera gratuit. Ma plume loufoque ne s'usera pas — elle mordra jusqu'à ce que je meure de rire. Belle fin.
Réaliser le rêve de Balzac et des cinéastes, enfin !
La pensée imprimée est une valeur anthropomorphe, car un auteur y met sa vie et son âme […] Je formule ce rêve: que notre Valeur Intellectuelle reste, enfin, là où elle est née ! » Correspondance de Balzac
À vous, demain, de garder votre Valeur parce qu’elle vous appartient ! Dans ce monde si brutal, où les oligarques pillent notre Valeur Intellectuelle anthropomorphe, vos compétences créatives, celles qui aiguisent ladite valeur par l’écriture, seront irremplaçables par l’IA. Cette forme d’auto-apprentissage récursif, qui augmente sa valeur intime, est ce qu’il y a de plus puissant chez un auteur singulier. La technologie, quel que soient les milliards engloutis, butera toujours sur cet acte créatif et ce puissant processus.
Du pire au meilleur des scénarios pour les créateurs courageux
Plus le gang d’oligarques de l’IA capture notre Valeur Intellectuelle, plus il doit réprimer pour la garder captive ; et plus il réprime, plus les créateurs déterminés s’insurgent et réinventent cette valeur pour eux-mêmes — le rêve de Balzac et des cinéastes courageux, enfin réalisé. L’avenir de la culture restera l’œuvre des humains, quel que soit le nombre de milliards jetés sur l’IA pour transformer ses robots en artistes. Jamais je ne soumettrai ma plume aux milliardaires sans imagination qui veulent faire Führer avec l’avenir d’une jeunesse.
La suite ? Un éléphant président qui piétine ses propres mouches sans même s'en rendre compte. Rendez-vous au prochain numéro pour découvrir qui, de la bête ou des insectes, écrira l'Histoire.
David Jamet - Signé Furax, résistant de la plume, encore vivant malgré les algorithmes - david@canard-dechaine.fr
Depuis l’apparition du micro-ordinateur en 1978, le numérique a exigé une accumulation historique de capital : ordinateurs, logiciels, réseaux téléphoniques, fibre, téléphonie mobile, Internet, serveurs, cloud, data centers, terminaux et, désormais, puces et énergie pour l’IA. Il n’existe pas de compteur mondial unique couvrant toute la période, mais les ordres de grandeur établissent solidement un plancher supérieur à 10 000 milliards de dollars. Entre 1995 et 2002 seulement, l’investissement mondial dans les télécommunications atteignait 1 482,9 milliards de dollars courants. En 2024, la dépense IT mondiale était estimée à 5 267 milliards : 1 097 milliards pour les logiciels, 293 milliards pour les systèmes de data centers, 1 537 milliards pour les communications, sans compter l’intégralité des investissements énergétiques associés.
Source : « Dette liée à l'IA : les premières fissures apparaissent sur le marché obligataire », Club Patrimoine, 20 octobre 2026 (d'après Challenges, Reuters / S&P Global, Brief IA). Chiffres cités : dette CoreWeave de 72 Md$ ; prime obligataire d'environ 1 000 points de base (dette dite distressed) ; Oracle dégradé à BBB- par S&P en juillet 2026 (dernier échelon investment grade) ; plus de 7 000 Md$ d'investissements IA entre 2025 et 2030 pour les six hyperscalers (Amazon, Microsoft, Alphabet, Oracle, Meta, SpaceX), avec flux de trésorerie disponibles négatifs au moins jusqu'en 2027 ; GPU utilisés comme garanties. Côté français (même semaine, Club Patrimoine) : OAT à 10 ans franchissant 5 % (record depuis 24 ans), spread franco-allemand au-delà de 150 points, indicateur de stress de la BCE sur la dette française à 0,26 (seuil d'alerte 0,40)
PISA et la catastrophe cognitive chez les jeunes. Les derniers résultats PISA sont catastrophiques: l’explosion des écrans est LE facteur majeur qui explique le recul de l’alphabétisation (lecture/écriture): les réseaux sociaux et smartphones détournent l’attention, réduisent le temps de lecture longue, perturbent le sommeil et aggravent les distractions en classe. Le niveau d’écriture s’écroule quand l’IA écrit à notre place. Pire encore: l’interdiction des écrans au moins de quinze ans ne fera qu’empirer la catastrophe que représente le recul constant de l’alphabétisation depuis 25 ans (internet)






Trop simple. Pisa montre que les problèmes datent d’avant l’IA. Qui a un potentiel subversif que vous ne voyez visiblement pas encore. Oui les systèmes éducatifs doivent s’adapter. Certains pays le font.