Macron, de la gloire à l’auto-destruction
Il est peu de distance du Capitole à la roche Tarpéienne. C’est Mirabeau qui commentait ainsi son passage de la gloire à la chute.
Le Canard remercie chaleureusement la nuée courageuse de millions de jeunes sauvageons qui s’est insurgée contre le pouvoir macronien. Elle m’a forcé à me poser cette question ironique. Par quel mystérieux jeu de cons Macron a-t-il auto-détruit son propre pouvoir, comment a-t-il pu se cramer en direct ce 18 octobre ?
Tout commence avec sa glorieuse victoire de 2017. Jupiter nourrit une croyance délirante dans l’IA (start-up nation), et donc dans la société de surveillance croissante. Avec le Covid (2020-2021), il nous force à basculer dans une société de contrôle numérique total. Nous l’acceptons tous sans broncher. Or un pouvoir ne revient jamais en arrière côté surveillance. Alors que cette technologie a aujourd’hui coûté plus de 10 000 milliards plus 7 000 de dette1, alors qu’elle équivaut à 500 fois Hiroshima, notre président est sûr de son coup: l’ordre DOIT régner dans la rue durant cette rentrée 2026.
Enfin presque.
Je lis dans une manifestation cette joyeuse pancarte: “ParcourSuprime mon avenir”. Qu’est-ce que Parcoursup, sinon une gigantesque machine truffée d’IA, qui a été imposée par Jupiter et ses 8 ministres de l’éducation ? En huit ans, ce monstre algorithmique, cet archétype du contrôle de l’éducation nationale sur l’horizon de nos enfants, ce monstre qui verrouille l’avenir professionnel de millions d’étudiants désespérés, vient d’exploser à la figure du pouvoir. Alors, votre Canard préféré, qui parfois désespère lui aussi, reprend espoir. Pas vous ?
Je lis cette autre pancarte d’une jeunesse révoltée “Macron, bz ta prof, pas les nôtres”. Foutre, voilà qui a du souffle ! Cette nuée talentueuse excite mes deux voix, d’une part celle de l’enquêteur qui aime la prospective mais pas la société de contrôle. Le mot est de Deleuze (1990), qui voyait déjà le pouvoir troquer les murs de la prison contre le pilotage permanent par la donnée. Qu’on le veuille ou non, l’IA structure l’avenir. Et d’autre part, j’ai mon autre voix de satiriste foutraque, blanchie sous le harnais, qui tente de toutes ses forces d’échapper à cette surveillance grâce à sa plume. Ainsi, je m’amuse avec ma loi d’inversion du pouvoir qui ne rate jamais, et que ni Macron, ni les 13 000 agents de l’Élysée et des services secrets, ne pourront jamais appréhender:
Saisir le pouvoir absolu finit par corrompre, et cela enclenche sa propre chute.
Pourquoi le pouvoir absolu finit-il toujours par corrompre ceux qui le veulent à tout prix ? Lord Acton nous l’a dit:
Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument. Lord Acton (1887)
Cette tragédie comique du pouvoir macronien m’a donné envie de vous écrire, dans ce numéro du Canard et les deux suivants, la saga du dieu artificiel : une partie truquée dont il faut rire pour ne pas la subir.
Quel rapport avec la saga Game of Thrones ?
Voici mon résumé ironique de la saga Game of Thrones. Lisez le lentement, tentez d’ouvrir les yeux sur la correspondance frappante avec l’IApocalypse : « Des royaumes où le jeu du pouvoir militaire devient le jeu de cons du contrôle absolu. Des familles royales s’entretuent pour un trône de fer pendant que la fin du monde, l’apocalypse, attend qu’elles aient fini. »
Si une machine vous condamnait à mourir sans job, sans avenir, et en plus avec votre cerveau lobotomisé, que feriez-vous ? Si elle vous contrôlait à 100 % dans des data-centers qui, en plus, crament la planète, que feriez-vous ? N’auriez-vous pas envie de saisir votre fourche pour combattre le système de contrôle ? Moi, si.
Vous pouvez tout demander à votre Canard : il est ambitieux. Avec la saga GoT pour grille de lecture, j’ouvre aujourd’hui une série d’enquêtes au long cours — 2026-2046 — sur les affaires secrètes qui sont au cœur du pouvoir. Quatre trônes, quatre rois : Macron en Stannis, le roitelet qui désespère son royaume ; Xi le gros félin ; Poutine le félin nucléaire ; et Trump l’éléphant, qui vogue vers son bide-terms et la catastrophe d’après.
Alors posons la vraie question, celle qui court sur toute la saga : qui croit sérieusement que cette nuée va mourir sans se battre — sans dégainer SES armes pour reconquérir SON horizon, SON espoir, SA Valeur Intellectuelle aujourd’hui pillée ? Gardez-la en tête. La réponse surprendra tout le monde.
Mes deux voix mèneront l’enquête, de bout en bout : l’Enquêteur, féru de prospective, qui relie les fils sur vingt ans; et le Satiriste, qui s’inspire de Philippe Muray et de Pierre Dac, et qui déconne plus haut que l’époque pour mieux lui crever les yeux. L’un décrypte, l’autre se gausse. On ouvre le bal.
Les mantras de la saga qui incarnent notre avenir
Les voici:
Saisir le pouvoir absolu, c’est enclencher sa propre chute. Voilà ma loi d’inversion, celle qui ne rate jamais depuis l’âge médiéval de la saga — et que Manu vient de démontrer avec un brio inégalé. Le WE du 17/10, notre Manu s’est cramé en direct puis a fui à Oman dès l’aube. Bibi, inquiète, lui a-t-elle glissé que sa foirade était suicidaire ? Pendant cette séquence catastrophique, quels sont les félins qui jubilent et ronronnent dans leurs palais, trop heureux d’en profiter en mettant la France à genoux, financièrement et technologiquement ? Ils ont un nom, un plan mieux corrompu que celui de Manu, et ils boivent du petit lait truffé aux milliards de l’IA. Ce trio infernal, à la différence de Jupiter qui lui ne fait que croire stupidement en ce dieu artificiel, contrôle l’IA qui nous contrôle. Vous le rencontrerez la semaine prochaine.
Au jeu du pouvoir, soit on gagne, soit on se crame, est un autre mantra de la saison un de GoT. En m’amusant avec le dessin d’Antoine Erre, je n’ai aucun mal à imaginer Brigitte en Selyse Baratheon et Macron en Stannis qui arme sa “Foi IA”. Pas vous ?
Winter is coming. L’hiver de la dette arrive. Qui ne voit pas que ce fardeau — 3 600 milliards d’euros fin juin 2026, soit 120 % du PIB — est le piège qui étranglera la France et ses présidents jusqu’en 2046 ? Posez-vous la seule question qui vaille : à qui profite l’hiver gelé, sinon au trio que vous rencontrerez bientôt ?
Le jeu de cons du contrôle des puissants
L’IA de toute-puissance permet de verrouiller — et, pour être clair, de tuer — la démocratie en un clic : le fameux Kill Switch armé par les oligarques et leur corruption. Tentation irrésistible pour Trump après sa déculottée; avec ses deux fils et sa famille, il a construit un système corrompu jusqu’à la moelle (source ici). Ce contrôle autoritaire de la société sera encore supérieur en France après 2027, on peut compter sur le côté musclé de fifille Le Pen. En Chine, ce verrouillage est un art, toute-puissance oblige, et depuis longtemps. En Russie, le contrôle est atomique.
On sait que l’IA de Zuckerberg, maître des réseaux sociaux, aida à élire Trump en 2016. On sait que Macron a su s’en servir aussi : plus de 25 grand-messes internationales de l’IA organisées par lui-même, et où il a fait le beau Jupiter, en moins de dix ans. Et voilà qu’ébranlé par les manifs, il interdit soudain les écrans aux jeunes (source Le Canard enchaîné). Conséquence illégale et implacable : par simple mimétisme, je vous garantis qu’elle pourra à tout instant contrôler et cibler le cerveau des 40 millions de Français adultes sur les réseaux sociaux. On sait qui vous êtes et pour qui vous votez en sept clics. Problème réglé. Mais c’est écrit dans ma loi : la société de contrôle ne surveille jamais que ses propres fossoyeurs. Merci qui ?
Associé-gérant chez Rothschild de 2008 à 2012, Macron a fréquenté les milliardaires d’assez près pour savoir, mieux que quiconque, que les lois sont faites par les puissants et pour les puissants. Il a tout vu du système qui corrompt absolument. La preuve ? Il vénère le dieu data-center, celui qui pille la Valeur Intellectuelle de la nuée et saccage son avenir. Ce système se retourne donc contre nous — et, in fine, contre lui.
Grande joie du Canard
Et c’est là que ma loi rend son plus bel arrêt — ma grande joie de Volatile. Macron n’a pas été renversé par un rival : il s’est cramé tout seul, fidèle à la règle d’or de la saga. Par arrogance, il a engendré la nuée même qui le piétine. Et la loi d’inversion ne prend jamais de vacances : retenez-la, car elle frappera, à son tour, chacun de ceux qui croiront tenir le trône.
Reste le mystère que la série va élucider : les trois gangsters qui financent ce système, à l’abri de leurs palais, hurlent d’un rire sardonique. Xi le gros félin, Vladimir l’atomique, Trump l’éléphant. Ils ont un plan imparable pour fracasser la France et l’Europe qu’ils détestent. Et c’est le moment ou jamais : grâce à Manu, elle plie déjà le genou. Bend the knee.
David Jamet — Signé Furax, résistant de la plume, encore vivant malgré les algorithmes — david@canard-dechaine.fr
Pour creuser — le mécanisme financier du Grand Retournement, c’est le diptyque #5 (Braquage du braqueur) et #6 (Titanic & livret A). Le #7 (Crime parfait à l’Élysée) ouvrait l’enquête ; le #8 fait tomber le roi.
Mon projet, en un mot. Ce canard #8 ouvre une enquête prospective sur la décénnie qui vient ; la course au dieu artificiel est racontée comme une saga Game of Thrones: il faut en rire pour ne pas la subir. L’Enquêteur et le Satiriste la porteront. Le Canard reprend (enfin !) l’énergie du Rastignac de Balzac — « À nous deux, le pouvoir ! » —, mais rendu cette fois à la jeunesse de la nuée. Le manifeste complet, c’est au prochain numéro. Ça mord, et ça prévoit.
Au prochain Canard (#9) — Trois empereurs, un seul cramé. On mesure l’arme — et son rendement de fin du monde. Le SMS que Xi glisse à Donald, et l’hiver de la dette qui gèle d’abord la France. Le plus grand jeu de massacre de l’histoire — gratuit, et ça mord toujours.
En 2026, l’investissement cumulé dans l’infrastructure IA — et donc la valorisation des modèles des laboratoires de pointe (Anthropic, OpenAI…) — s’élève à environ 10 000 Md$, plus 7 000 Md$ de dette/investissements des hyperscalers d’ici 2030. Ce qui équivaut à 500 fois Hiroshima (lisez mon analyse ici). Ce chiffre galope ; le ROI de l’IA, lui, non. Conséquence : bulle et crash dévastateur devant nous.



